Le Loup-phoque

Loup-phoque (Ty): Un typographe loup-phoque est un typographe hannetonné, qui a des idées bizarres ou saugrenues. ÉTYM. Probablement un jeu de mots (ce dont les typographes raffolaient) sur la base de l'argotique loufoque. Autrefois, le phoque était appelé « loup-marin ».

 

Extrait de Chier dans le cassetin aux apostrophes de David Alliot - Éditions Horay


Le selfie, ego décentralisé

S'afficher aux côtés d'une star politique ou culturelle, est-ce donc bien raisonnable?

Je trouve cela tragique.

Un juste reflet d'une époque en perte d'Identité.

En apposant son image à une célébrité, nous accentuons notre décadence.

Montrons également au Monde notre soumission.


Le selfie est tout le contraire du Soi.

C'est uniquement la mise en avant de son propre ego et la peur de sa solitude médiatique.


L'idée de cette chronique m'est venue alors que nous débattions autour des gueules cassées et des grands brûlés de la face au salon 2015 Livre sur les quais à Morges.


Du classement d'une bibliothèque commune

La vie des livres dans notre étagère

Nous venons de déménager et se pose alors 1 question, LA question:

Bibliothèque commune ou pas?

Pour nous, le choix fut évident; nous ferions une bibliothèque commune.

Montage des bibliothèques, dans la pièce principale, dans la chambre, dans le couloir.

Ouverture des cartons.

Ses livres, les miens...

Découvertes, redécouvertes et premiers rangements.

Rapidement la question du classement se pose.

Pour illustrer concrètement la manière dont nous allons procéder, j'ai choisi de prendre l'exemple d'une étagère.

La lecture de l'étagère se fera de gauche à droite (Left-To-Right):

 

Hermann Hesse en allemand - Klein und Wagner - Wer Lieben kann, ist glücklich

 

Nous avons fait le choix, sur cette étagère, de regrouper les livres que nous avons "vécu".

Ainsi, nous sommes allés sur les pas d’Hermann Hesse à Montagnola près de Lugano (Tessin). 

Les lieux de villégiature des écrivains ont ceci de magique, c'est qu'ils nous permettent d'aborder leurs œuvres à travers de nouvelles sensations.

La question de l'interclassement se pose alors très rapidement!

Peut-on vraiment parler d'interclassement si la bibliothèque n'est pas encore rangée et est-il nécessaire qu'elle soit vraiment rangée? 

Ici, nous avons deux livres de Hesse en allemand. Pourtant, nous avons une autre étagère dédiée aux livres en allemand (tant Faust de Goethe que Die italienischen Scuhe d'Henning Mankell) dans laquelle se trouvent d'autres livres de Hesse. Mais cette étagère correspond aux livres que nous avons et/ou souhaitons vivre à deux. En rangeant la bibliothèque nous nous sommes aperçus que nous n’avions aucun livre de Hesse en français.

En revanche nous avons plusieurs ouvrages de Dürrenmatt tant en allemand qu'en français dans cette étagère.

 

Friedrich Dürrenmatt - Grieche sucht Griechin - La visite de la vieille dame - Die physiker - Les Physiciens - Les Anabaptistes

 

Nous avons lu, à voix haute plusieurs pièces de Dürrenmatt. Et c'est le premier auteur suisse que j'ai découvert. Je me réjouis de découvrir le Musée Dürrenmatt à Neuchâtel afin d'approfondir ma connaissance de cet auteur que j'adore.

 

Leo Tuor - Giacumbert Nau

 

Cet ouvrage traduit du romanche par Nicolas Quint trouve sa place ici en raison d'un "effet collection" (Poche Suisse, L'Age d'Homme). Il pourrait très bien se trouver dans l'étagère dédiée aux éditions d'en bas pour accompagner Onna Maria Tumera ou les ancêtres du même auteur, traduit du sursilvan par Walter Rosselli. 

 

Viviane Moeschler - Anne-Marie S. ou les fuites éperdues

 

Ma compagne veut me faire découvrir Anne-Marie Scwarzenbach, voyageuse intrépide d'origine suisse et a acquis à cet effet le livre de Viviane Moeschler. Un jour, un soir, les mots de Viviane Moeschler résonneront ici ou là...

Notons au passage que nous avons dédié quelques étagères aux auteurs suisses ou vivants en Suisse.

Élire certains de ces auteurs à se poser sur cette étagère leur confère une situation particulière.

 

Claudio Magris - Deplacements (Voyager avec Claudio Magris) – Danube – Utopia E Discanto

 

A l'intérieur de Déplacements un marque-page significatif, un billet de train. Symbolique! Magris et le voyage. A travers ses lectures la notion de voyage qui nous est tellement chère, essentielle et partie prenante de notre histoire. Pour moi, le voyage, c'est aussi un périple linguistique que j'ai découvert en arrivant en Suisse.

 

Fernando Pessoa - le livre de l'intranquillité - Pessoa l'intranquillle - Le banquier anarchiste - The book of disquiet - Poèmes anglais - Lisbonne - Pessoa - Le Pèlerin

 

Pessoa dans tous ses états!

 

Mon amoureuse m'a fait découvrir Pessoa! Tant d'auteurs jamais lus auparavant ou tout juste parcourus, feuilletés. Pessoa a été un choc pour moi, une révélation comme L'homme sans qualités de Musil ou Le voyage au bout de la nuit de Céline.

La lecture à voix haute de Pessoa sous les arbres, près d’un étang, sur les bancs, au bord de la mer. Partout ! Les mots de Pessoa s’adaptent à tous les lieux…

 

Jorge Luis Borges – Borges, de loin – Ficciones – Le Martín Fierro – Le livre des êtres imaginaires (en deux exemplaires) – L’or des tigres – Le livre de sable

 

Dans Le livre des êtres imaginaires, une dédicace : « Le premier ouvrage de Notre bibliothèque ».

C’est dire si ce livre ne pouvait qu’être sur cette étagère aux côtés de Pessoa !

On s’aperçoit ici que les livres de Borges ne sont pas tous ensembles. Faut-il les rassembler ou laisser une part au vagabondage ?

Note sympathique, un des ouvrages en espagnol, chose rare dans notre bibliothèque.

 

Francesca Melandri – Eva dort – Più alto del mare

Marc Biancarelli – Murtoriu

Marcu Biancarelli – Cusmugrafia Cosmographie

 

Très amusant de découvrir en rédigeant cet article qu’un écrivain s’est échappé de cette étagère ! Logiquement, Il caso Bramard, L’homme vertical, Un matin à Irgalem et Il mangiatore di pietre de Davide Longo devraient côtoyer Francesca Melandri et Marc Biancarelli. Mais, rebelle, il s’est enfui sur l’étagère attenante où se retrouvent des livres qui m’ont été dédicacés.

Pourtant, ces 3 auteurs ont une grande importance pour moi. J’ai lu et relu leurs livres afin de préparer des rencontres lors des Littératures européennes de Cognac en 2013. Le contexte, au-delà des tables rondes, permet des échanges très riches avec les auteurs. Les échanges permettent de se glisser de façon intime dans les mots de l’auteur.

 

Henri Roorda – Les saisons indisciplinées – Mon suicide – Le pessimisme joyeux – Le rire et les rieurs- Le pédagogue n’aime pas les enfants

 

L’humour de Roorda, sa vision décalée des choses, sa proximité avec Cioran même s’il n’a pas écouté le philosophe qui disait que « Ce n'est pas la peine de se tuer, puisqu'on se tue toujours trop tard. », nécessitait sa place sur cette étagère.

 

Edmond-Henri Crisinel – Poésies

 

Lors d’une visite à la librairie de L’Univers à Lausanne, je discutais avec le libraire de choses et d’autres et celui-ci m’a parlé de Crisinel que je ne connaissais pas du tout. Qu’il se retrouve au milieu des œuvres de Roorda est un hasard tragique puisque tous deux choisirent le suicide comme solution ultime.

 

C.F. Ramuz – Derborence – Les signes parmi nous – La grande guerre de Sondrebond – Le Gros poisson du lac

 

Ramuz s’imposait ici. Cet écrivain et poète vaudois qui « n'hésite pas à malmener la syntaxe pour trouver une langue expressive, qu'il oppose à la langue morte des grammairiens » (Wikipedia) ne pouvait que me plaire ! Le non-académisme a été une de mes grandes découvertes en arrivant en Suisse romande. La liberté que l’on peut prendre par rapport au français de Paris m’a fasciné. Le Gros poisson du lac, lu à voix haute m’a beaucoup touché ! Est-ce la proximité des lacs ? Lorsque je suis arrivé en Suisse, tous les matins ma perspective était le lac de Neuchâtel et aujourd’hui, résidant à Lausanne, le lac Léman m’offre ses couleurs.

 

Friedrich Schiller – Les Brigands

 

Impossible de ne pas faire figurer ce livre ici. Je suis allé voir la pièce montée par Éric Devanthéry au Théâtre du Grütli à Genève. Celle-ci dure 6 heures. Nous y sommes retournés ensemble une seconde fois tant ce texte et cette mise en scène m’ont fasciné ! Savoir qu’Éric Devanthéry proposera une traduction de ce texte pour 2015 me réjouit d’avance.

 

Pierre Rabhi – Manifeste pour la terre et l’humanisme, Metin Arditi – La pension Marguerite, Nicole Krauss – L’histoire de l’amour, Max Frisch – Homo faber, Francis Glauque – C’est devenu ça ma vie, Mélanie Richoz – Le Bain et la Douche froide, Luisa Campanile – De l’eau et d’autres désirs, Amélie Plume – Promenade avec Emilie L., Sylvain Thévoz – Couleurs primaires (collectes), Eugen Gomringer – constellations et poèmes concrets, Victor Segalen, Le goût de Genève, Frédéric Marryat – Comment écrire un livre de voyage, Alberto Giacometti – Je ne sais ce que je vois qu’en travaillant, Catalogue Les Utopiales 2013, Roland Jaccard – Dictionnaire du parfait cynique,  Jean-Luc Fornelli – Nouveau dictionnaire horizontal, Bernard Crettaz – Vous parler de la mort

 

De la fausse impression du cheni…

 

Ces livres-là ne sont pas encore thématisés, certains lus, d’autres non.

Cette fin d’étagère révèle ce que nous souhaitons pour notre bibliothèque commune, continuer nos découvertes au fil des pages.

 

Tous les livres de notre bibliothèque pourraient potentiellement se retrouver un jour sur cette étagère.

Une étagère extensible pleine de livres que nous vivons à deux et que nous aimons tant partager avec d’autres.

Article écrit à quatre mains.

 

 

 

Commentaires : 6
  • #6

    Pascal Cottin (mercredi, 31 décembre 2014 14:27)

    Loin de là une bibliothèque de professionnel! Je n'aimerai pas! Juste de la passion...partagée!

  • #5

    Mior (mercredi, 31 décembre 2014 14:20)

    l'extrême sérieux porté à cette problématique m'amuse (dans le bon sens du terme ! ) . Pour ma part il m'arrive d'être désespérée que ma bibliothèque ne me ressemble pas plus ...je m'explique : en plus des livres jaunis par le temps , devenus presque impossibles à relire (mauvaise colle, papier vraiment altéré , Folio est champion dans cette catégorie) et qui furent mes achats de jeune lectrice , il y a les prêtés et jamais revenus (les meilleurs évidemment...) , tout ce qui a été lu via les bibliothèques (j'ai parfois le fantasme de faire un grand achat décalé de tous ceux là ...) et a contrario les "mauvais" achats (tous les livres bof ...et ce n'est quand même pas ce qui manque .
    On sent chez vous la bibliothèque de professionnel , en somme (alors que je ne suis qu'une amateur passionnée , blogueuse sans SP je précise !)
    Amicalement
    Mior

  • #4

    pascalcottin (lundi, 15 septembre 2014 21:07)

    Bonsoir keisha,
    Intéressant ce débat chez Le bouquineur et de la manière de ranger/classer chacun.e à sa manière. Même en librairie (où j'ai travaillé + de 20 ans, le classement à la Dewey n'est guère possible ou alors la librairie perd son attrait et intérêt!
    Par contre qu'est-ce qu'un "vrai" lecteur? J'avoue que je ne sais même pas si je suis un "vrai", un lecteur, oui!!! et j'adore lire!
    Quant au cheni, oui la Suisse, Lausanne et plus juste que désordre, voire bazar.

  • #3

    keisha (lundi, 15 septembre 2014 14:45)

    Bonjour,
    J'ai cheminé jusque chez vous par l'intermédiaire du lien laissé chez Le bouquineur. Cheni? Hum, la Suisse? ^_^
    A lire votre classement, ma foi, je constate qu'un classement froid style Dewey ne peut convenir à un vrai lecteur, car nos livres correspondent à nos vies .

  • #2

    pascalcottin (dimanche, 14 septembre 2014 11:55)

    Merci Dominique pour votre commentaire!
    Effectivement partager à 2 l'amour des livres est magnifique mais chacun.e a aussi son idée de classement, sa forme de hiérarchisation, bref de belles discussions à chaque livre rejoignant l'étagère.
    Et quel plaisir de partager autour de lectures communes...ou non!
    A très bientôt, donc!

  • #1

    Dominique (dimanche, 14 septembre 2014 11:32)

    Allant répondre à la petite enquête du Bouquineur j'ai suivi votre lien et je viens de lire avec un énorme plaisir votre billet sur le classement de votre bibliothèque
    Quelle chance de partager avec un compagnon ou une compagne l'amour des livres et de doubler ainsi les plaisirs et les souvenirs de lecture
    Plaisir aussi pour moi de retrouver ici des lectures anciennes (Hesse ou Ramuz) mais du genre de celles que l'on oublie pas et de voir aussi des livres plus récents pour lesquels je partage votre avis ( Eva dort par exemple)
    je vais revenir ici c'est certain

Aurélia Aurita

La première fois que je croisais Aurélia Aurita, ce fut dans cette salle du CED à Ivry sur Seine. En 2006, c'était le diffuseur des éditions Impressions Nouvelles

Et, là, sur la table des planches de Fraise et chocolat. Le dessin m'a aussitôt séduit et le souvenir de la lecture des épreuves avant de partir visiter les libraires me reste vivant. 

Je me souviens de ces libraires étant également séduits par cette "autobiographie sans fard, confession érotique à la fois crue et tendre".

J'ai rencontré Aurélia Aurita lors du salon du livre de Paris qui suivait.

Puis, aujourd'hui, dans le cadre de BD-FIL à Lausanne elle dédicaçait ses ouvrages à la Librairie Humus.

Dans la vitrine, proche de sa table, des originaux de Fraise et chocolat, ses carnets, ses dessins... et dans la salle attenante une exposition comportant plusieurs planches de ses recueils.

A nouveau une belle rencontre et la découverte de Je ne verrai pas Okinawa qui entre dans notre bibliothèque.

Aurélia Aurita en dédicace
Une partie de l'exposition à la Librairie Humus de Lausanne
Vous avez le choix...

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Commentaires : 2
  • #1

    Laura (dimanche, 14 septembre 2014 11:50)

    Navrée de ne pas avoir ou y assister

  • #2

    pascalcottin (dimanche, 14 septembre 2014 12:00)

    Ce sera pour une autre fois! Et Aurélia Aurita travaille sur un projet fort intéressant...